
Brida et Uhtred partagent un socle narratif identique : deux Saxons capturés enfants, élevés comme Danois par le jarl Ragnar. Ce point de départ commun ne rend pas leur divergence anecdotique, il la rend structurelle. Toute la colère de Brida découle d’un désaccord fondamental sur ce que signifie cette éducation danoise, et sur le degré de fidélité qu’elle exige.
Brida comme miroir idéologique d’Uhtred dans The Last Kingdom
Brida n’est pas fondée sur une figure historique précise. Les scénaristes l’ont construite comme l’incarnation du chemin qu’Uhtred aurait pu emprunter s’il avait choisi une fidélité absolue aux Danois et au paganisme norrois. Ce n’est pas un détail d’écriture, c’est le moteur de toute leur relation conflictuelle.
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Là où Uhtred navigue entre deux cultures, accepte de servir Alfred, négocie avec des seigneurs chrétiens et compose avec les codes saxons, Brida considère chaque compromis comme une apostasie. Pour elle, on est Danois ou on ne l’est pas. Il n’existe pas de zone grise.
Ce qui distingue cette dynamique d’une simple rivalité amoureuse ou d’un conflit d’allégeance politique, c’est qu’elle repose sur une exigence de pureté identitaire que la série oppose à la fluidité d’Uhtred. Brida reproche à Uhtred non pas d’avoir échoué, mais d’avoir choisi de ne pas choisir. Nous observons ici un schéma narratif classique du double inversé, où l’analyse approfondie sur le personnage de Brida dans The Last Kingdom met en lumière cette fonction de miroir sombre.
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Dimension religieuse de la colère de Brida envers Uhtred
Réduire la rage de Brida à une histoire de cœur brisé, c’est passer à côté du ressort le plus tendu de son arc. Sa colère est d’abord religieuse. Brida est la gardienne d’un paganisme norrois intransigeant, et la proximité d’Uhtred avec le christianisme saxon constitue pour elle une profanation.
Uhtred reste païen dans ses croyances personnelles, mais il tolère le monde chrétien, y vit, y prospère. Pour Brida, cette tolérance équivaut à une trahison des dieux. Chaque fois qu’Uhtred sert un roi chrétien, chaque fois qu’il protège un prêtre ou épargne une église, il valide un système qu’elle veut voir détruit.
L’extrémisme païen comme réponse aux traumatismes
Brida radicalise sa foi en réaction directe aux violences subies. La captivité, la perte de ses proches, l’esclavage qu’elle endure la poussent vers un absolutisme spirituel. Elle interprète ses souffrances comme une punition des dieux pour la tiédeur de ceux qui, comme Uhtred, refusent de s’engager pleinement.
Ce mécanisme narratif n’est pas gratuit. Il ancre la colère de Brida dans un vécu concret au lieu de la réduire à un trait de caractère capricieux. Ses traumatismes ne la rendent pas sympathique pour autant, mais ils rendent sa logique interne cohérente.
Trahisons concrètes reprochées à Uhtred par Brida
La rancœur de Brida ne se construit pas sur un seul événement. Elle s’accumule sur plusieurs saisons à travers des actes précis qu’elle considère comme des abandons successifs.
- L’abandon après la mort de Ragnar : lorsque leur père adoptif est tué, Uhtred choisit de poursuivre sa propre quête de Bebbanburg plutôt que de rester aux côtés de Brida pour venger Ragnar selon les rites danois
- Le refus de libérer l’âme de Ragnar le Jeune : Brida attend d’Uhtred qu’il participe au rituel pour permettre à Ragnar d’accéder au Valhalla, mais Uhtred tarde, pris dans ses obligations saxonnes, ce que Brida vit comme un sacrilège impardonnable
- Le choix répété de protéger les intérêts saxons : qu’il s’agisse d’Alfred, d’Édouard ou d’Æthelflæd, Uhtred place systématiquement la stabilité du Wessex au-dessus de la solidarité danoise, confirmant aux yeux de Brida qu’il a changé de camp
Chaque épisode renforce chez Brida la conviction que l’Uhtred qu’elle a connu chez Ragnar n’existe plus. Elle ne combat pas l’homme qu’il est devenu, elle pleure celui qu’il a cessé d’être.

Écriture de Brida dans la saison 4 : bascule vers l’antagonisme total
La saison 4 marque un point de non-retour. Brida y perd son dernier ancrage affectif avec la mort de Cnut et bascule dans une hostilité frontale envers Uhtred. Ce virage est parfois critiqué par les spectateurs comme excessif, mais il suit une logique narrative rigoureuse.
Le scénario transforme Brida en antagoniste principale précisément parce qu’elle représente la conséquence ultime du refus de compromis. Là où Uhtred survit grâce à sa capacité d’adaptation, Brida se consume dans sa rigidité. La série utilise leur opposition pour poser une question narrative claire : la fidélité à ses origines justifie-t-elle de tout sacrifier, y compris sa propre humanité ?
Un traitement parfois réducteur du personnage
Nous observons que la série simplifie progressivement Brida. Dans les premières saisons, elle est une guerrière complexe, drôle, stratégique. À partir de la saison 4, son écriture se resserre autour de la rage et de la vengeance. Cette réduction n’invalide pas les motivations du personnage, mais elle appauvrit sa palette émotionnelle.
Le roman Warriors of the Storm, dont la série s’inspire librement, offre davantage de nuances dans le parcours de Brida. La version télévisée compresse des arcs entiers en quelques scènes, ce qui donne parfois l’impression d’une colère disproportionnée alors qu’elle repose sur des années de ressentiment accumulé.
Brida reste l’un des personnages les plus polarisants de The Last Kingdom parce qu’elle incarne un refus radical que la série ne condamne ni ne célèbre totalement. Sa colère envers Uhtred n’est pas celle d’une ex-amante blessée. C’est celle d’une croyante qui voit un apostat prospérer dans le monde qu’elle combat. Cette lecture change considérablement la façon dont on perçoit leurs confrontations, de la saison 2 jusqu’au dénouement de la saison 5.